Le détachement intragroupe de personnel : modalités légales et atouts pratiques

 

Faites le test : il suffit de parler de « travailleurs détachés » pour que vos interlocuteurs embrayent aussitôt sur le détachement de salariés étrangers. Loin des polémiques suscitées par ce sujet, qui divise jusque dans le champ politique, le détachement de salariés désigne tout autre chose lorsqu’il est intragroupe. Tour d’horizon du cadre légal et de l’opportunité que représente ce mode de fonctionnement en expansion.

Mise à disposition de salariés : la loi Cherpion

L’heure est à la mobilité dans le monde du travail. Toujours en quête de plus de souplesse et d’agilité, l’entreprise est demandeuse de solutions pour optimiser sa production et son ROI. Rationaliser la répartition de la charge de travail pour éviter le recours systématique à des intérimaires fait partie de cette logique.

Le Code du travail offre certains outils à cet effet. Ainsi la loi Cherpion a permis d’encadrer le prêt de main-d’œuvre dans le cadre d’opérations de mise à disposition. Une aubaine pour les groupes confrontés à un besoin ponctuel de main-d’œuvre, mais souhaitant s’éviter des pesanteurs administratives. Concrètement, cette loi a permis d’encadrer le fait pour deux sociétés (qu’elles appartiennent ou non à un même groupe) de se prêter des salariés, sous réserve que ces derniers soient d’accord et que l’opération ne soit pas destinée à réaliser un profit supplémentaire.

Il existe cependant, en pratique, dans certaines branches, des conventions collectives prévoyant des clauses de mobilité, par exemple celle de la restauration collective. Il est aussi courant en pratique de stipuler de telles clauses dans les contrats de travail. Dans ce cas, le salarié ne peut s’opposer au détachement. Un bon de détachement, qui n’est en fait qu’une formalisation de la clause de mobilité permettant de conserver une trace, peut alors être utilisé.

Dans les autres cas, l’opération nécessite l’établissement d’une convention de détachement. Il s’agit en fait d’un avenant au contrat de travail qui précise le contenu de la tâche, le lieu et l’horaire de travail ainsi que les caractéristiques du poste.

On note que, même si le salarié prêté demeure un temps sous la responsabilité de l’entreprise utilisatrice pour laquelle il effectue sa mission, son employeur reste juridiquement l’entreprise prêteuse qui lui verse sa rémunération.

Le détachement intragroupe, une tendance en hausse

Ce type de détachement n’a donc rien à voir avec le détachement de travailleurs étrangers, l’employé étant ici payé par le même employeur et gagnant le même salaire qu’habituellement, sauf quand il se voit attribuer une prime de détachement.

Parallèlement au détachement de salariés d’un groupe à l’autre, une nouvelle forme d’organisation se développe fortement : le détachement intragroupe. Porté par les possibilités du digital, le détachement intragroupe rend possible une approche nouvelle de la gestion des personnels, particulièrement au niveau local.

Les groupes employant des équipes opérationnelles sont souvent soumis à une problématique de manque ou de surplus ponctuel de salariés sur tel ou tel site. Dans des domaines comme l’hôtellerie, la restauration, la vente au détail ou le BTP, l’intérêt de pouvoir affecter au jour le jour les salariés sur les sites connaissant une pointe d’activité est évident.

Le succès du détachement local est fortement corrélé à la souplesse et l’agilité apportées par une solution de détachement, forcément digitale. Le manager l’utilise pour mettre le détachement local à disposition des employés, en fonction de la charge du ou des sites dont il a la responsabilité et de sa main d’œuvre disponible. Plusieurs types de management permettront gérer le système, en fonction de la culture de l’entreprise. Certains managers font le choix de privilégier le volontariat, et donc de se mettre à l’écoute des collaborateurs « demandeurs ». Cette approche permet de créer un engouement chez les salariés et d’éviter que le détachement ne soit perçu comme anxiogène. D’autres souhaitent au contraire que chaque salarié expérimente le détachement et mettent en place des roulements au sein des équipes.

La perception du détachement par les salariés

Le détachement peut être vécu de façon très diverse par les salariés. Si certains se sentent désécurisés à l’idée de changer d’employeur régulièrement, d’autres y voient au contraire un moyen de rompre avec la routine et une opportunité d’accroître leurs compétences et leur employabilité.

De manière générale, le détachement local est mieux perçu par les équipes que les autres formes de détachement pour des raisons pratiques évidentes :
– l’absence de perturbation de la vie privée : travailler dans une ville éloignée, c’est au mieux augmenter considérablement son temps de transport, au pire être hébergé sur place et donc être séparé de son conjoint ou de sa famille le temps du détachement. Le détachement local, s’il est orchestré par une solution performante, permet au contraire de réduire, dans bien des cas, le temps de transport habituel.
– la certitude de reprendre son poste à la fin de la mission de détachement : le détachement local crée une habitude, une « routine » psychologique quant aux missions détachées. Il rassure par ailleurs le salarié, en évacuant sa crainte de faire partie d’une prochaine vague en cas de baisse d’activité sur son site habituel
– la prime de détachement : celle-ci reste souvent d’usage avec le détachement local. Variable selon les groupes, elle peut représenter par exemple 10 % du salaire, ce qui, pour un employé gagnant le SMIC, est loin d’être négligeable.

Le détachement de salariés, on le voit, est une notion qui recouvre des types bien différents d’organisation. Au sein de ces derniers, le détachement intragroupe local se distingue pour sa facilité de mise en œuvre et la performance de son ROI. Parce qu’il contribue à développer l’employabilité des salariés et à privilégier l’emploi de salariés déjà en poste à des recrutements extérieurs, il peut aussi aider à optimiser la marque employeur et à crédibiliser la politique de RSE des groupes.

Par Benoît Ozan, Directeur Opérations et Co-fondateur de OuiTeam

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